Nous avons échangé avec Saranya, diplômée du BA de Central Saint Martins

par | Juin 16, 2025 | Mode

Plus tôt ce mois-ci, les étudiants du Bachelor de Central Saint Martins ont présenté leur défilé de fin d’études. Un moment qui marque l’aboutissement de plusieurs mois de travail intense et de recherche créative. Parmi les voix remarquées cette année, Saranya, une jeune designer dont le travail associe innovation technique et récit personnel et culturel. Nous avons échangé avec elle sur son expérience à CSM et sur sa collection de fin d’études.

Parle nous de ton parcours à CSM.

J’ai commencé par le fashion folio course, comme beaucoup d’étudiants, et j’ai eu de très bons mentors. Ils m’ont appris à construire un portfolio dans un style assez propre à CSM. À Central Saint Martins, tu peux être très talentueux, avoir de bonnes idées de design ou être très motivé, mais il existe aussi une sorte de code, ou de langage, très spécifique à l’école.

Pendant le fashion folio, j’ai commencé à comprendre ce langage et pourquoi il est important. Cela m’a montré l’importance de créer des projets qui dépassent les limites, d’être extrême ou différent, surtout quand on est un jeune designer qui entre dans l’industrie.

Ensuite, j’ai intégré le BA, où j’ai développé davantage de compétences techniques et des méthodes de design pour exprimer des idées singulières. Maintenant, j’espère être à un stade où je peux donner vie à des concepts ambitieux grâce à tout ce que j’ai appris pendant mes années à Saint Martins.

Qu’est ce qui rend le “langage de design” de CSM unique selon toi

La comparaison est peut être un peu extrême, et je ne dis pas que c’est toujours le cas, mais pense à la radicalité de John Galliano chez Dior par rapport aux directeurs artistiques à différentes périodes. Ce type d’extrémité dans le design est exactement ce que Saint Martins encourage.

Ils veulent que tu parles ce langage en tant qu’étudiant ou designer en formation. L’école te pousse vraiment à sortir non seulement de ta zone de confort, mais aussi de celle de l’industrie. Que ton travail plaise ou non, qu’il soit considéré comme beau ou non, il doit dire quelque chose. Il doit avoir un sens pour quelqu’un ou aborder une question particulière.

Si tu viens d’un contexte culturel spécifique, ils t’encouragent aussi à partir de là, en mettant l’accent sur la narration et le storytelling plutôt que uniquement sur la technique. C’est ce qu’on t’apprend à Saint Martins. C’est davantage un état d’esprit qu’une méthode.

 

Parle nous de ta collection de fin d’études.

Ma collection de fin d’études s’inspire du talent des femmes d’Asie du Sud. Je tiens beaucoup à représenter ma culture. Ma famille est originaire du Sri Lanka.

Pendant longtemps, j’ai évité d’intégrer cet héritage dans mon travail. Je pensais que cela pourrait paraître cliché de mélanger vêtements traditionnels et mode contemporaine. Mais avec le temps, j’ai compris que cela pouvait se faire d’une manière réfléchie et sincère, quelque chose de moderne qui respecte aussi la tradition.

Par exemple, ma mère était une danseuse assez connue en Asie du Sud. Elle portait sur scène des costumes magnifiques inspirés du sari. J’ai repris certains éléments de ces tenues et je les ai réinterprétés de manière plus contemporaine. Cette approche me semblait très juste.

Je voulais représenter son talent, mais aussi celui de plusieurs générations de femmes de la communauté sud asiatique, des femmes très douées qui n’ont pas toujours pu explorer ou exprimer pleinement leur talent à cause de contraintes sociales ou culturelles. J’ai essayé de traduire tout cela dans la collection.

Je me sens aussi très privilégiée de pouvoir travailler dans la mode, car ce n’est pas un milieu accessible à tout le monde. Étudier à Saint Martins m’a donné une plateforme, et j’ai senti une forme de responsabilité d’y dire quelque chose sur la force des femmes dans notre culture et sur les possibilités qui existent.

Nous ne sommes pas nombreuses dans l’industrie, et j’aimerais pouvoir contribuer à ouvrir un peu le chemin, même si cela peut sembler prétentieux de le dire.

 
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Comment s’est passe la préparation pour la collection de fin d’études ?

La préparation commence vraiment pendant la dernière année. Les deux premières années sont consacrées à différents projets, certains en groupe, d’autres avec des partenaires de l’industrie. Par exemple, j’ai travaillé sur des collaborations avec Canada Goose et Balenciaga.

Ensuite, nous faisons une année de placement, c’est à dire une année dans l’industrie. J’ai passé six mois chez Dior et trois mois en Espagne dans une marque appelée Onrush.

Après cela, tu reviens pour la dernière année, entièrement consacrée à la collection de fin d’études. De septembre à mai, tout tourne autour de la recherche, du développement des designs, des prototypes, des échantillons et d’un travail très intensif. Ensuite viennent les répétitions et la préparation du défilé final. C’est un processus exigeant mais très enrichissant.

La robe spirale de la collection…

Cette robe est très personnelle pour moi, car elle s’inspire d’un costume de danse de ma mère. Je voulais reprendre certains éléments de ce qu’elle portait et les réinterpréter.

La jupe a été réalisée avec une technique en spirale, avec environ 150 pièces circulaires de baleines en spirale enfermées dans de l’organza. Une fois assemblées, elles créent une silhouette très spectaculaire, ondulée et volumineuse.

Je pense que cela représente bien mon approche artistique. J’aime beaucoup les volumes circulaires et les formes généreuses, ainsi que l’utilisation de matériaux inattendus. Je travaille aussi avec des éléments recyclés, comme du Perspex recyclé, pour créer des formes inspirées de l’automobile et du motorsport. Ce processus a vraiment mis à l’épreuve mon imagination et mes capacités techniques.

Pour moi, cette pièce allait au delà du design. Il s’agissait de moderniser ma culture tout en repoussant mes propres limites de designer. L’équilibre entre tradition, innovation et construction technique représente assez bien l’endroit où je me situe créativement en ce moment.

Quels sont tes projets pour la suite

L’année dernière, pendant mon année dans l’industrie, j’ai lancé une petite boutique et j’ai vraiment aimé cette expérience. J’ai réalisé que j’aimais autant l’aspect business que la création. J’apprécie l’administratif, la structure et tout ce qui fait fonctionner un projet de manière indépendante.

Cette année, je prévois de relancer la boutique et de me concentrer sur le développement de ma marque, notamment sur la communication, le marketing et la visibilité. Je veux la faire évoluer de manière réfléchie et stratégique.

Je ne prévois pas de faire un master pour le moment. Peut être l’année prochaine si je ressens le besoin de retourner étudier. Mais j’ai l’impression d’avoir énormément appris pendant le BA et j’ai vraiment apprécié la personne que je suis devenue grâce à ce parcours.

À ce stade, j’ai simplement envie de me concentrer sur mon propre travail et de construire quelque chose à partir de zéro.