Kimi Kim : quand la foi, le doute et la peur prennent forme dans une collection

par | Août 25, 2025 | Mode

Kimi Kim est un nouveau talent issu de Central Saint Martins, dont le travail explore des émotions telles que la peur et l’oppression. Elle a étudié la mode en Corée avant de s’installer à Londres pour poursuivre des études de design à CSM, où elle a découvert un environnement culturellement riche qui encourage la pensée indépendante et une créativité audacieuse.

Parlez-nous de votre collection de fin d’études Blind Faith

Ma collection de fin d’études, Blind Faith, s’inspire des doutes et des conflits intérieurs que j’ai ressentis en grandissant dans une éducation chrétienne stricte. Le projet explore le thème de la croyance aveugle et l’incertitude qui l’accompagne. J’examine les illusions liées à la religion, la manière dont les individus construisent des idéaux ou des refuges réconfortants pour échapper à la peur et à la souffrance.

À travers ce projet, j’ai voulu interroger l’idée que ces croyances puissent être des illusions sans véritable substance, et suggérer que la vérité que l’on cherche dans la foi n’est jamais absolue.

En tant que designer, je pars souvent d’émotions inconfortables que je transforme en images à la fois belles et troublantes. Je tire de l’énergie du fait de traduire des sentiments invisibles en formes et en textiles. Mon travail aborde régulièrement des thèmes comme la peur, l’oppression et la foi aveugle, qui sont étroitement liés à mon parcours. Mon prénom coréen signifie « grâce », et j’ai grandi dans une famille chrétienne en Corée. Cet héritage culturel et religieux constitue souvent le point de départ de mes concepts.

Kimi Kim // Graduation Collection “Blind Faith”

D’où viennent ces émotions dans ta vie et comment trouvent-elles leur place dans ton travail ?

Je pense que ces émotions sont d’abord apparues dans mon environnement familial avant de s’étendre à la société. Je suis née dans une famille chrétienne et j’ai vécu en tant que croyante jusqu’à mes vingt ans. Mais à un moment donné, je me suis demandé : pourquoi doit-il en être ainsi ?

Lorsque j’ai commencé à lire Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche (même si je ne peux pas dire que j’ai tout compris), j’ai commencé à remettre en question l’existence de la foi et de Dieu. Je voulais réellement comprendre l’être en lequel j’étais censée croire, et cette recherche m’a confrontée à des émotions inconfortables.

Face aux convictions fortes et à la persuasion de mes parents, j’ai réalisé que la « foi » m’avait été transmise presque comme un héritage. Cette prise de conscience m’a amenée à la questionner profondément. Depuis, je réfléchis constamment à ce que signifie réellement la foi et à la manière dont elle peut définir l’existence et la vérité.

En tant qu’êtres humains, nous cherchons des réponses aux questions de la vie, mais il n’existe peut-être pas une seule vérité absolue. Il existe de nombreuses religions et de nombreux dieux, pourtant nous ne pouvons pas connaître précisément la nature de celui en qui nous choisissons de croire et à qui nous confions notre existence.

C’est pourquoi mon travail cherche à visualiser des émotions qui brouillent les frontières entre foi et doute, vérité et illusion, innocence et peur, identité et oppression.

Comment ces sentiments apparaissent-ils concrètement dans les vêtements – à travers la coupe, le tissu ou la manière dont le corps est contraint ou libéré ?

Dans Blind Faith, des émotions comme la peur et le doute apparaissent principalement à travers la manière dont le corps est façonné et contraint. J’ai utilisé le drapé, des structures en fil métallique et des plis déformés pour tordre et tirer le corps, créant des formes qui reflètent le désir réprimé, le jugement et la douleur.

En parallèle, j’ai développé des textiles inspirés de la photographie en pose longue, où les traces floues de lumière créent une atmosphère instable et presque fantomatique. Les textures brutes et les effets brumeux visualisent l’incertitude entre croyance et illusion, réalité et fiction.

Ainsi, ces émotions ne se trouvent pas seulement dans le choix des tissus, mais aussi dans la manière dont la silhouette contraint ou libère le corps, ainsi que dans le langage tactile et visuel des matières. Pour moi, la peur et le doute deviennent finalement une expérience physique sur le corps.

Kimi Kim // Graduation Collection “Blind Faith”

Quel créateur t’inspire le plus dans ton travail ?

L’une des créatrices qui m’a le plus inspirée est Simone Rocha. En réalité, c’est mon premier amour. Même si son style est différent de mon propre travail, j’admire profondément la manière dont elle développe des récits à travers les détails et je respecte son approche narrative.

Par ailleurs, je puise également une grande inspiration dans le travail du metteur en scène Reza Abdoh. J’ai été complètement captivée en regardant sa performance The Hip-Hop Waltz of Eurydice. Son œuvre exprime la religion, le pouvoir et la foi aveugle dans un langage scénique fragmenté et intense, mêlant horreur et sensibilité poétique d’une manière que je trouve profondément marquante.

Quelle est la prochaine étape pour toi ?

Mon projet est de postuler à un Master en design de mode. Je ne sais pas encore si je retournerai à Londres ou si je resterai à New York, où je me trouve actuellement, haha. Quoi qu’il en soit, je souhaite étudier dans un endroit où je pourrai mieux présenter et développer mon travail de design, tout en acquérant de l’expérience professionnelle dans le secteur.

Parallèlement, je réfléchis aussi à commencer à vendre ma marque à petite échelle.